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REGISTRES DU BUREAU                                               [i56a]
ville -s- ct conte de Villars'6', chevalliers de l'Ordre
monarchies qui ayent esté en ce mon
n'ont en fin ressenty de telles calamitez que ruyne et désolation ; loutesfois, ainsi qu'il se voyt à l'œil, il ne s'est perdu ce pandant une seulle heure de temps aux preparatifz desd, armes qui se contynuent tous les jours avecq loule la dilligence quîl est possible, en sorte que en faisant l'ung, il ne s'est rien obmis de ce que c'est deu faire de l'autre moyen qui est celluy de la force, qui se va préparant dilligem-ment. Et pour ce que au long séjour que le Roy monsr mon filz a faict à Paris, je m'esloys apperçu qu'il estoyt necessaire de luy faire changer d'air pour le bien de sa sancté, et affin aussi de donner à congnoistre à ung chascun que luy et moy ne sommes prisonniers, comme aulcuns l'ont voullu dire1'1', il me semble (jue je ferois fort bien de l'a­mener jusques en ce lieu, et que laissant aud. Paris mon frere le Roy de Navarre, acompaigné d'une bonne partie des princes et seigneurs du Conscil privé pour avancer l'assemblée des forces, il ne se trouveroyt riens à redire pour nostre absence [et] pour le peu de séjour que nous ferions en ced. lieu '2' ; où je n'ay amené pour acompaigner le Roy mond, seigneur et filz, [que] mon filz d'Orleans '3', son frere, mes cousins, les prince de Navarre, cardinal de Bourbon, conte Daulphin, princes de La Roche sur Yon et de Joynville'4', et quelques ungs des s" dud. Conseil privé, et pour force celle qui [luy] est ordinaire, des deux cens gentilzhommes de sa maison, de cinq cens archers de ses gardes, que j'ay faict departir es lieux propres et necessaires pour la seuretté de ce logis, dont j'ay incontinant après nostre arivée despesche à Orleans les sr de Vielle-
et conseillers aud. Conseil privé, personnaiges no­tables [et] recommendables, pour tousjours moyen-ner la pacification de noz troubles, faire deposer les armes et essever de remectre les choses de ce royaulme en leur premier estat, repos et tranquil­lité. Et combien que mon intention feust vous faire entendre moy mesmes mad. resolution avant nostre parlement, ce neantmoings, en ayant esté diverlye et interrompue par multitude d'aultres affaires, et parceque le jour de nostre deslogement il fut force que je partisse du matin pour l'incommodité de la chaileur contraire à la santé du Roy, mond. Sr et filz, et de sond, frere, je feuz contraincte de remectre à vous faire sçavoir par lettres ma susd, resolution, ce que je faictz presentement'"'.
["Vous priant croire que ce que j'en ay fait n'est pas pour m'esloigner de vous, et que n'aye bonne souvenance, s'il réussit de ma négociation le fruit que je desire, de vous faire part des premiers d'une si bonne et désirable nouvelle; si aussv il ne se peut rien faire qui nous apporte la pacification de nosd. troubles et le repos que je desire, je me retireray auprès de vous aveq ce que j'ay de plus cher et pre­cieux en ce monde, qui sont mesd. enfans, pour participer avecq vous à tout le bien ou le mal qui en pourra succeder et advenir. Priant Dieu, Mes­sieurs, qu'il vous ayt en sa saincte garde.
«Escript à Monceaux, le vingt deuxiesme jour de may mil cinq cens soixante deux. "]
Signé : CATERINE.
Et plus bas : Bourdin.
O La Reine-Mère fait allusion à la lettre écrite le 7 avril par le prince de Condé aux églises réformées du royaume, pour leur demander des soldats et de l'argent afin de résister -aux ennemis de la religion Chrestienne qui tiennent le Rov et la Rovue captifs». Dans la réponse que fit le Parlement, le 21 avril, aux lettres et déclaration du prince de Condé, la Cour prit soin de démentir ces bruits d'autant plus mensongers à ses yeux que la personne royale était entourée du roi de Navarre et du cardinal de Bourbon. "L'on nous a rapporté, est-il dit, que le Roy et la Royne sont en captivité, nous vous supplyons adjouslor plus foy à telz mauvais rapportz, qui tant plus seront publiez, moings seront creuz.n (Archives nationales, Parlement de Paris, X1" 1601, fol. 120 r°.)
(2)   Catherine de Médicis, dans une entrevue avec le président Baillet, cherche à expliquer les raisons de sa retraite : «La cause pour laquelle elle s'estoit retirée à Monceaulx estoit, disait, la Reine, pour essayer par tous moyens de composer les troubles et mettre tout en unyon, et pour cest effect avoit envoyé les s" de Villars et Vielleville à Orleans, et par eulx elle esperoit entendre responce pour le repoz et transquililé du publicq, et jusques à ce ne desiroit bouger de là.n (Archives nationales, Parlement de Paris, X1" 1602 , fol. 2 82 r°.)'
(3)   Henri, quatrième fils de Henri II et de Calherine de Médicis, plus connu sous le litre dj duc d'Anjou, depuis Henri III. '4) Henri de Guise, prince de Joinville.
(-) François de Scepeaux, maréchal de Vieilleville, resté célèbre par ses mémoires.
(-) Honorat de Savoie, fils de René bâtard de Savoie, comte puis marquis de Villars, fut pris et blessé à la bataille de Saint-Quenlin et occupa, pendant le règne de François II, le poste de lieutenant du connétable de Montmorency dans le gouvernement du Languedoc
O Celte lettre est tronquée dans le Registre, nous rétablissons.la fin du texte d'après une missive de teneur identique adressée le 22 mai 1062 par la Reine-Mère au Parlement de Paris, imprimée dans ls recueil des Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 320.